La terre de Sommières a tué des punaises de lit en laboratoire, dans une étude française publiée en 2024 dans la revue Parasite. Aucun essai n'a mesuré son efficacité dans un logement infesté. En 2025, l'Anses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, n'a recensé que cette publication sur l'effet insecticide de la terre de Sommières. Les auteurs demandent eux-mêmes des essais sur le terrain avant de la retenir comme solution en pratique courante.
Pour une infestation à la maison, le gouvernement du Québec conseille de faire appel à un exterminateur certifié et d'éviter d'appliquer soi-même des insecticides.
En bref
- En laboratoire, la terre de Sommières a tué 100 % des punaises en 1 à 2 jours de contact permanent.
- Une exposition brève a donné une mortalité plus lente et plus variable.
- La composition des produits vendus sous ce nom varie d'une marque à l'autre.
- Au Canada, utilisez contre les punaises uniquement un produit qui porte un numéro d'homologation PCP, selon son étiquette.
D'où vient la terre de Sommières
Son nom vient de Sommières, une localité du Gard, dans le sud de la France. Elle servait autrefois à dégraisser la laine. L'exploitation des mines de Sommières a cessé au XXe siècle et le nom n'est pas protégé. Selon l'avis de l'Anses, la terre vendue aujourd'hui sous ce nom semble surtout provenir d'Espagne et du Maroc.
Les étiquettes annoncent des compositions différentes : sépiolite, montmorillonite ou bentonite. L'échantillon testé en 2024 contenait surtout de la sépiolite, une argile fibreuse, avec de la dolomite, du quartz et de la palygorskite. Un autre échantillon vendu sous le nom de terre de Sommières n'a donc pas forcément les mêmes propriétés. L'Anses rappelle qu'il s'agit d'un produit naturel prélevé dans le sous-sol de différents sites d'extraction, sans norme de composition. Le broyage, le séchage ou la calcination subis à la fabrication peuvent aussi modifier les propriétés de ces terres.
Ces argiles servent aussi à absorber les liquides sur des surfaces comme le tissu, le bois ou le carrelage, pour enlever des taches. Pour l'origine et les usages ménagers de cette terre, consultez notre article sur la terre de Sommières et ses usages.

Ce que l'essai de 2024 a mesuré
Les travaux ont été menés en France par des chercheurs du CHU de Nice et de l'IHU Méditerranée Infection de Marseille, dont Pascal Delaunay et Jean Michel Berenger. Ils ont été publiés en juillet 2024 dans Parasite. L'équipe a comparé huit poudres : terre de Sommières, argile verte, talc, bicarbonate de sodium, dioxyde de silicium et trois terres de diatomée.
Les essais ont porté sur 1 200 punaises de lit issues de deux colonies récoltées dans des logements de Nice et de Marseille. Les insectes étaient placés dans de petites boîtes de Petri tapissées de coton et couvertes de poudre. Les petites quantités ont tué peu ou pas de punaises. Les résultats retenus viennent de la plus grande quantité, soit 1,68 mL de poudre par boîte.
En contact permanent, la terre de Sommières a tué toutes les punaises dès le 2e jour, dans les deux colonies. Après une exposition de 10 minutes, la mortalité a atteint 75 % et 95 % au 10e jour. Des punaises poudrées ont aussi été placées avec des punaises non exposées pour mesurer le transfert de la poudre. Dans ce cas, la mortalité au 10e jour était de 55 % et 70 %. La poudre n'a eu aucun effet répulsif. Selon les auteurs, ce transfert permet à une poudre d'atteindre les punaises cachées dans les fentes, les cadres, les livres ou les meubles.
L'argile verte et le bicarbonate de sodium ont tué 30 % des punaises ou moins en 10 jours. Les auteurs indiquent les limites de leur travail : un nombre limité d'insectes, des colonies élevées en laboratoire et des conditions éloignées d'un logement réel. Ils expliquent avoir utilisé des colonies élevées en laboratoire : il est difficile de réunir autant de punaises récemment prélevées sur le terrain, et celles-ci peuvent déjà avoir été exposées à des insecticides, ce qui aurait pu fausser les résultats.
Terre de Sommières et terre de diatomée comparées
En laboratoire, la terre de Sommières a obtenu une efficacité proche de celle d'une terre de diatomée de qualité professionnelle, fournie par une entreprise de lutte antiparasitaire. La terre de diatomée vendue en supermarché s'est montrée inefficace. Celle vendue comme litière pour animaux a agi lentement et a peu tué après 10 minutes d'exposition. Au microscope, les squelettes de diatomées de ces deux produits paraissaient fondus, probablement à la suite d'un chauffage intense. L'efficacité variait donc selon la marque. Le dioxyde de silicium a été le plus régulier. En Europe, son utilisation est réservée aux professionnels, selon les auteurs.
Les deux terres agissent différemment. La terre de diatomée absorbe et raye la couche cireuse qui protège la punaise, ce qui provoque la perte d'eau de son corps et sa déshydratation. Selon les auteurs, la terre de Sommières a des propriétés absorbantes et adsorbantes, sans être abrasive. Sa structure en microfibres entraînerait la déshydratation de la punaise par absorption. L'Anses précise qu'aucun travail scientifique n'a encore décrit le mode d'action de la terre de Sommières de façon spécifique. Elle le juge probablement semblable à celui d'autres poussières minérales, comme le dioxyde de silicium.
Pourquoi les poudres minérales suscitent de l'intérêt
Selon les auteurs, le traitement d'un logement infesté combine des méthodes mécaniques (nettoyage, lavage, aspirateur), physiques et chimiques. Des résistances ont été documentées dans toutes les familles d'insecticides chimiques. Les méthodes mécaniques et physiques ne sont pas toxiques et se répètent sans risque de résistance. Leur effet dure peu : une seule femelle fécondée ou quelques œufs oubliés suffisent à prolonger l'infestation. Dans ce contexte, les poudres dites naturelles ont gagné en popularité ces dernières années.
L'Anses note que la terre de Sommières est présentée au grand public comme une solution non chimique. Saisie à la demande du ministère français de la Transition écologique, l'agence juge probable que son mode d'action la fasse entrer dans la réglementation européenne des produits biocides, comme le dioxyde de silicium. Elle ajoute qu'aucun insecticide à base de bentonite n'est autorisé en France à ce jour.

Dosage, application et sécurité
Aucune publication ne fournit de dose, de fréquence ni d'endroits à traiter validés pour une utilisation dans une maison. La quantité utilisée en laboratoire couvrait une petite boîte de Petri. Elle ne se transpose pas à un matelas. L’étude ne précise pas de méthode d’application sur la literie.
Pour les humains et les animaux domestiques, l'Anses relève un point de vigilance : certains sites d'extraction pourraient contenir des fibres minérales ou de la silice cristalline, connues pour leur toxicité. Les auteurs rappellent aussi que la terre de diatomée peut être nocive pour les poumons.
Au Canada, Santé Canada demande d'utiliser uniquement des pesticides homologués, selon leur étiquette. Un pesticide homologué porte un numéro d'homologation PCP. Si l'étiquette n'a pas ce numéro, ne l'achetez pas et ne l'utilisez pas contre les punaises. Santé Canada déconseille aussi les pesticides maison. N'appliquez jamais un traitement sur une personne, un animal ou la literie, sauf si l'étiquette le permet. Si vous achetez en ligne, Santé Canada recommande de choisir un produit homologué vendu par un détaillant canadien.
Les méthodes à combiner contre les punaises de lit
Confirmez d'abord la présence de punaises de lit. Des piqûres seules ne permettent pas de les identifier. Cherchez des punaises, des taches noires, des exuvies ou des œufs, comme le décrit notre fiche sur les punaises de lit.
Selon Santé Canada, un traitement donne des résultats seulement s'il est combiné à des méthodes physiques et à la prévention. Aucune des sources consultées ne décrit l'usage de la terre de Sommières en complément d'autres traitements. Le gouvernement du Québec recommande notamment de :
- passer les textiles à la sécheuse, à très haute température, pendant au moins 30 minutes ;
- laver les textiles sales à 60 °C au moins, dans assez d'eau pour les couvrir ;
- traiter à la vapeur (100 °C) les matelas et les meubles rembourrés en bon état, puis placer les matelas dans une housse antipunaises ;
- passer l'aspirateur, puis jeter aussitôt le contenu dans un sac de plastique fermé, dans une poubelle extérieure.
Si vous êtes locataire, avisez votre propriétaire sans attendre. Le gouvernement du Québec conseille une entreprise titulaire d'un permis d'extermination C5 ou D5, dont les employés détiennent le certificat CD5.
Pour surveiller et protéger le lit, la collection punaises de lit regroupe des housses de matelas et de sommier, des pièges pour pattes de lit et des outils de détection.